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Recherche Action, 24 mai 2008 (1 lecteur(s)) (1) Invité(s)
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SUJET: Recherche Action, 24 mai 2008
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Recherche Action, 24 mai 2008 posté il y a 6 Mois Groove: 17  
Je ne fais pas ici un exposé de ce qu'est la recherche Action. Se reporter au site http://recherche-action.fr/ pour les définitions, démarches, bibliographies, etc.

Disons simplement que de mon point de vue, étant donné les évolutions récentes sur les réseaux concernant la libre diffusion, à savoir l'extrême dilution des contenus, les amalgames entre répertoires prpriétaires, les démarches d'artistes ultra connus, venus du proprio vers la libre diffusion, il était nécessaire de trouver un socle de réflexion commun, permettant aux individus de se situer, de se ré approprier leurs existences, et par là, de transformer l'existence.

J'écris ici mes réflexions personnelles sur la rencontre informelle du 24 mai 2008, à Tulle.

le lieu de cette rencontre est en lui-même chargé. Il s'agit d'un ancien gymnase, sis à Tulle (19). Pour décrire sommairement le lieu, disons qu'il est situé rue des enfants de troupe, en face de la gendarmerie, avec en contre bas l'énorme et inutile centre commercial qui va remplacer les non moins inutile usines situées en bordure de la Corrèze. le bâtiment en lui-même, de l'exterieur, donne d'emblée une drôle d'impression: façade vieillissante, jaunâtre, tres haute, impression de hauteur accentuée par des motifs de flèches descendantes parcourant presque l'intégralité de la façade. au dessus de la porte est inscrite une année: "1942" (sic)

A l'interieur, sol de bitume, gymnase partagé en deux par un mur de parpaing. L'autre côté abrite un stand de tir. autant dire que l'on est dans une ambiance militaire, voire martiale; j'ai toujours été attentif et sensible aux lieux que j'ai l'occasion de visiter. ici, je sens quelque chose, dû d'abord à la situation et aux éléments que j'ai donné ci-dessus, et aussi autre chose: une chape de bitume et un mur, qui recouvre une honte non-bue, une attitude tordue, des exactions commises. je n'ai pas besoin de justifications à l'appui de ce que je viens de dire, pas besoin de creuser non plus, c'est ainsi.

et c'est en ce lieu qu'une joyeuse bande de graffeurs sont venus l'année dernière commencer de repeindre les murs. C'est aussi en ce lieu qu'une joyeuse bande de musiciens, skateurs, graffeurs, hip-hopeurs et autres allumés comptent mener leurs transformations. C'est un "projet" en cours, Nico and co sont en relation avec la Mairie et autres institutions pour déterminer ce que ce lieu va bien pouvoir devenir. je vais assez vite là-dessus, peut être nico donnera-t-il des liens et détails concernant le projet. ici, je souhaite me placer du point de vue des processus qui amènent les individus à se retrouver là, et à échanger.

Au milieu du gymnase, une table, des fauteuils, des chaise. A 14 h nous sommes 4, puis 5, 6, 7, un huitième arrive pour repartir tres vite. Alors, que s'est-il passé exactement?

voilà des gens, êtres humains, chacun animé de ses propres convictions, histoires, motivations, etc, qui viennent s'asseoir, et parler d'eux, de ce qu'ils vivent, de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils aimeraient vivre. Voilà des humains qui ne sont plus devant la télé, ou l'écran quel qu'il soit. Ils sont leurs propres écrans, ils se projettent (!) eux-mêmes, en eux-mêmes. Simple à dire, pas simple à faire. et pourtant, à faire, d'urgence. car il n'y a pas là de professeurs, pas d'autorités établie, personne pour donner une direction ou une autre. Chacun est son propre directeur, sa propre autorité, son propre professeur. Chacun se professe lui-même ou elle-même. Cela passe par les mots, le langage, l'expression de soi, librement.

Préalable: dans une démarche de recherche Action, les participants sont invités à parler de leurs parcours de vie et d'expérience, quels qu'ils soient. entretien enregistré, et retranscris à l'écrit. La lecture de soi.

Comme pour certains nous ne nous sommes encore jamais rencontré, nous débutons avec un tour de table. Chacun et chacune exprime sa vie, depuis là où il ou elle veut bien démarrer, jusque là où il ou elle veut bien aller. Parler de soi. Rapidement, ou bien lentement. Adroitement, ou bien maladroitement. Assuré, ou timide. ne sachant pas trop pourquoi, dans un premier temps, surtout pour ceux pour qui l'exercice est complètement nouveau. Mais comme il n'y a pas de jugement, ou encore d'autorité, la parole est libérée. et c'est presque avec avidité de soi que l'un et l'une et l'autre se parle, se raconte. Librement.

Car enfin, c'est la mode d'aller faire parler ceux qui savent, de tourner, monter et diffuser des émissions, des documentaires, d'éditer des livres. mais ici, chacun est son propre livre, aussi valable et riche que n'importe quel autre. Il n'y a pas là de rejet d'un modèle, puisqu'il n'y a pas de modèle. Il n'y a pas là de rebéllion, puisqu'il n'y a rien contre quoi se rebeller. Quelle ironie fantastique! Dans le sein du lieu de la martialité, de l'autorité, dans la géographie de l'ordre social, ici quasi militaire, disparaissent la martialité, l'ordre et la milice! Voilà bien la preuve que l'humain existe, au-delà de tout. toujours capable de se raconter, de raconter la somme qu'il porte, de la partager, et ainsi de l'enrichir de la somme de l'autre.

de mon point de vue "mystico-poétique", les graines qui ont été semées ce jour-là crèveront la dure croûte du bitume de l'ordre social. Rien ne peut résister à l'individu qui, se racontant, se re-définissant lui-même, ou elle-même, prend par là pleine conscience et mesure de son existence, celle-ci déchirant en un mot, libre, la chape dont on aurait bien voulu le recouvrir, et sous laquelle on aurait voulu qu'il résidât.

dans "Farhenheit 451", ray Bradbury imaginait que dans cette société dans laquelle les pompiers brûlent les livres, la résistance prendrait la forme d'exclus volontaires apprenant par coeur les livres, le patrimoine littéraire; ici, dans cette société dans laquelle l'école tente de brûler les individus, plutôt que de les élever, la Résistance prend la forme suivante: les individus s'apprennent eux-mêmes par coeur, sont leurs propres livres, écrits avec leurs propres mots. En ce sens, les langages ne sont plus limités; car une langue n'existe pas en elle-même, séparée des individus qui l'emploient. Dès lors que l'être s'active lui-même, se ré-apprend à la lumière de ses propres mots et de son histoire propre, la langue redevient ce qu'elle n'a jamais cesser d'être: le langage du coeur.
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Dogood, fondateur/auteur/chanteur linuxien de Godon

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Recherche Action, 24 mai 2008
dogood 25-05-2008 à 13:13
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